
L'EV Henry à Papeete avant le départ
L'EV Henry au mouillage à Huahiné
Il fait beau pour cette dernière matinée à Papeete. Les nuages d'orages des jours précédents se sont quelque peu dissipés. Le soleil ne nous accable pas encore de sa chaleur. L'air embaume de cette senteur si particulière à la Polynésie, subtil mélange d'odeurs de tiaré, d'hibiscus et de tant d'autres essences.
Nous sommes le 5 février 1990. C’est le jour du grand départ. Après onze ans passés en Polynésie Française depuis son dernier carénage en métropole, l'aviso-escorteur ENSEIGNE DE VAISSEAU HENRY s’apprête à regagner Lorient, où il sera remis en état pour devenir le bâtiment escorte de la célèbre JEANNE D’ARC. Le voyage de Tahiti à Lorient, sous le commandement du capitaine de frégate Jean-Paul Tacon, durera trois mois au cours desquels nous ferons escale dans de nombreux pays.
Le grand départ
Familles, amis, fanfare et danseurs tahitiens sont sur le quai pour faire leurs adieux au HENRY. Dernières recommandations, échanges d'adresses, promesses discrètes : les derniers mots s'échangent à la hâte avant que chacun ne regagne son poste à bord. Puis la dernière aussière tombe, des mains s'agitent, quelques coups de sirène retentissent et déjà le HENRY prend le large.
La première partie du voyage se fera en compagnie du BALNY, qui regagnera Papeete lorsque nous quitterons le Pacifique par le canal de Panama. Naviguer à deux bâtiments permet d'effectuer divers exercices qui rendent les transits plus variés : ravitaillement à la mer, manœuvres tactiques, transfert de courrier etc.

Le Commandant : CF Jean-Paul TACON

L'aviso-escorteur BALNY à la mer
Ce long voyage vers l’Europe est aussi l’occasion d’une mission de représentation de la présence de la France dans le Pacifique. Nous ferons d’abord route vers le nord avant de redescendre le long de la côte ouest des Etats-Unis. Chaque escale sera l’occasion de visites de courtoisie : le commandant se rend auprès des autorités locales et des représentations françaises civiles et militaires, que nous recevons également à bord.
Mais nous ne sommes qu’au début du périple : deux brèves escales à Rangiroa et à Christmas gravent dans les mémoires les dernières images de l’exotisme polynésien.

Après avoir franchi l’équateur et sacrifié au rituel du « passage de la ligne » (tremblez néophytes !) nous atteignons Hawaï, ses cadillacs et ses surfeurs, symboles grisants de l’american way of life.

D’escale en escale
Notre route se poursuit vers la fraicheur sereine de l’île de Vancouver au Canada puis de Seattle sur la côte nord-ouest des Etats-Unis, qui donne l’impression d’une Amérique plus authentique. L’escale phare de notre périple nous attend : San Francisco. Les pompons rouges des matelots français se perdent dans la foule trépidante de cette capitale cosmopolite et avant-gardiste…

Manoeuvre d'arrivée à Esquimalt (Canada)
L'EV HENRY sous le Golden Gate
Le transit suivant est l'occasion de participer à des exercices conjoints avec des bâtiments de la Marine américaine au cours desquels le service artillerie s’illustre brillamment. Après une escale à Mazatlán au Mexique, nous allons faire une reconnaissance de l’atoll de Clipperton. Cet îlot désertique, possession de la France perdue dans l’océan, fit autrefois l’objet d’une tentative d’implantation. Les malheureux aventuriers ne survécurent pas à l’hostilité des lieux, rendus depuis aux oiseaux et à la faune marine.

Fin du périple dans le Pacifique : nous traversons le Canal de Panama le 1er avril. L’ouvrage d’art est impressionnant et le spectacle des écluses fascine l’équipage.

Nous voici en mer des Caraïbes : nouvelle escale au Mexique, sur l’île de Cozumel, puis à Key West en Floride.

Malheureux les marins ?
Rencontre insolite sur les bancs de Terre Neuve
Nous traçons ensuite notre route dans l’Atlantique jusqu’à Saint-Pierre et Miquelon pour rendre visite à nos compatriotes d’outre-mer. L’accueil est d’autant plus chaleureux qu’un froid polaire règne sur l’île.
Dernier acte de notre voyage, nous effectuons une mission de surveillance des pêches au large de Terre-Neuve. Une équipe de reconnaissance est envoyée à bord de trois chalutiers. A la pointe sud des bancs de Terre-Neuve, nous rencontrons six icebergs échoués là après avoir été portés par le courant du Labrador. Impressionnés par ce spectacle inhabituel, nous nous attardons un instant à proximité, avant de pointer l’étrave vers la Bretagne pour une traversée de l’Atlantique qui durera sept jours.
L’arrivée à Lorient
Le 28 avril, le HENRY, lentement, vient s'amarrer au quai des réparations de l'arsenal de Lorient. Le contre-amiral Arata, commandant la Marine à Lorient, monte à bord. La mission s'achève. Les familles sont rassemblées sur le quai et les premiers permissionnaires se pressent à la coupée.

L’arrivée à Lorient
Le HENRY, quant à lui, est confié aux bons soins de la DCAN pour sa remise en état. Il naviguera encore quelques temps aux côtés de la Jeanne d’Arc puis à Djibouti et en Asie du Sud-Est avant d’être désarmé en 1996 et démantelé en 2016. En plus de trente ans de service, l’EV HENRY aura été un symbole de la présence de la Marine française dans le Pacifique, et ce voyage de Tahiti à Lorient en 1990 restera un des meilleurs souvenirs de navigation pour tous ceux qui y ont pris part.


Texte et photos : Erik Pharabod
D’après l’article de l’aspirant Plassard paru dans Cols Bleus n° 2082 du 9 juin 1990
Contact : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. (possibilité de rééditer l’album de mission à la demande)
Le CF (ER) Bernard CELIER, Secrétaire fédéral de la FAMMAC, faisait partie de l'état-major de l'EV Henry lors de ce transit entre la Polynésie et la Métropole